Saturnin des gouttières

Une silhouette glisse sur les toits de Paris dans le soleil couchant, celle d’un garçon de quinze ans, Saturnin, qui a choisi de vivre là-haut parce que c’est probablement le dernier endroit où son père viendra le chercher. Saturnin vient de se faire embaucher comme aide- couvreur. Il pense aux pièces qui bientôt tinteront dans sa poche, à la mystérieuse jeune femme en vert qu’il voit passer rue des Quatre-Vents et à la liberté. La liberté, il pourrait bien en être privé car il n’a pas seulement un père violent et ivrogne à ses trousses, mais aussi la moitié des policiers de la capitale.

Un roman d’aventures entre ciel et terre, dans le Paris des années 1880.

Extrait

« C’avait été une journée réussie, vraiment réussie. Et voilà que pour finir, le soleil crachait du feu, en longues bandes jaunes et rouges, du côté de la Seine. On serait cru à la Foire au pain d’épices de la place du Trône. Il n’y avait pas l’atmosphère, les beignets et tout le reste, mais pour l’œil c’était presque aussi bien. Et ça ne coûtait rien!

Saturnin se laissa glisser un peu plus sur le zinc lisse et tiède. Son dos prenait appui sur un large conduit de cheminée. Il releva ses jambes pendantes pour les caler sur deux chapeaux de terre cuite qui semblaient placés là tout exprès. Ses godillots, du coup, avaient l’air d’être énormes, avec le ciel derrière.

Oui, ç’avait été une bonne journée. D’abord, il avait échappé à La Brosse, ensuite il avait fait le héros devant deux types trois fois gros comme lui. Et depuis sept heures du soir qu’il était là, sur son toit, il se sentait tranquille, tranquille!… Le jour tombait, mais ça ne lui faisait pas peur. Il prenait tout son temps pour admirer la Nature. Il n’avait jamais eu le temps, avant. Ou, plus exactement, il avait toujours dû le faire en douce. L’été dernier, quand son père espérait vendre ses brosses à la campagne, ils avaient dormi dehors tous les deux, et pour la première fois de sa vie, Saturnin avait vu des étoiles filantes. Mais de le sentir, à ses côtés, qui ronflait et sentait mauvais, ça lui avait gâché le plaisir. Tandis que là… Tandis que là… »

L’École des Loisirs
Collection Neuf

1995