Gabriel

Je savais depuis longtemps que j’écrirais l’histoire de Gabriel, un garçon atteint du syndrome d’Asperger, mais je ne savais pas comment m’y prendre. Puis j’ai repensé aux trois personnages que j’avais créés pour « Air marin »: Adrien, Alexandra et Aboubakri. Je les aimais bien ces trois-là. Soudain, je les ai imaginés accueillant ce Gabriel qui tournait dans ma tête. C’était tout simple. Quasiment une vision. Gabriel arrivait dans leur école et chacun réagissait à sa manière. Pour la suite, les situations, les difficultés, je n’avais plus qu’à me souvenir. J’ai juste fait attention à garder une certaine légèreté. Et j’ai fini sur une note optimiste, ce que je fais toujours dans mes livres pour la jeunesse.

E.M.

Ce livre a été sélectionné par le ministère français de l’Éducation.


Extrait

 » Quand on est passé aux maths, il m’a étonné encore plus. Il savait toutes les tables de multiplication, même celle de 7 et celle de 12. On aurait dit un ordinateur ! J’ai pensé qu’il était très fort en calcul. Jusqu’au moment des additions où il ne savait plus rien ! Pour lui, 5 et 5, ça faisait 55! Et 2 et 2, ça faisait 22 ! La classe a commencé à s’agiter.

– Et 1 et 1 ça fait 11 ! a dit Clara pour faire sa maligne.

– Et 11 commères, ça fait beaucoup! a lancé Abou pour me faire rire.

A la récréation, on s’est retrouvés, Abou, Alex et moi. Abou avait une nouvelle histoire drôle à raconter. Il allait nous la dire quand Loïc a lancé:

– Attention, v’là l’fou !

On s’est tous les trois retournés et on a vu le nouveau qui marchait à grands pas autour de la cour en hochant la tête à chaque enjambée.

– Qu’est-ce qu’il a à marcher comme ça ? a ricané Clara.

Moi je trouvais qu’avec sa capuche rouge qui lui serrait la tête il ressemblait à un martien.

– Laissez-le, a dit Alex.

En fait j’étais d’accord avec elle, mais Loïc, qui m’avait entendu, s’est mis à crier :

– Eh toi! Le Martien ! T’as oublié tes antennes !

Le Martien s’est arrêté net, a regardé Loïc par en dessous et est allé s’asseoir sur un banc, un peu plus loin. »


Critiques

  • En ligne sur le site Sitartmag, Blandine Longre

« Les esquisses sobres et griffonnées de Philippe Dumas s’accordent à merveille avec cette histoire touchante mais toujours ancrée dans la réalité, et que l’auteure a, de toute évidence, choisi de ne pas embellir : l’histoire de Gabriel / Leirbag, un enfant énigmatique qui débarque un jour dans la classe d’Adrien, le petit narrateur, et qui devient son voisin de bureau. Affublé d’un anorak rouge, Gabriel ne cesse de surprendre ses nouveaux camarades et certains lui trouvent bien vite divers noms d’oiseaux : « le fou », « le martien »… Il faut dire que le garçon multiplie sans problème mais ne sait pas additionner, qu’il passe la récréation à arpenter la cour ou à se balancer sur un banc, qu’il dit tout haut ce que les autres pensent tout bas et de surcroît, il ne semble pas pressé de se faire des amis… Même le foot ne l’intéresse pas, c’est dire ! En butte aux moqueries des autres (lesquelles ne semblent pas l’affecter), harcelé par l’affreux Loïc, Gabriel ne réagit pas. Adrien, de son côté, tâche de prendre sa défense mais lui aussi se pose beaucoup de questions. Au fil des jours, « on s’est habitué à lui » raconte Adrien : « On a vu qu’il n’embêtait jamais personne. Il était souvent dans la lune (…) mais il pouvait aussi être très drôle. ». Mais c’est à l’occasion de l’atelier de théâtre que Gabriel les surprend tous, quand il joue son rôle à la perfection…L’autre est toujours un territoire inconnu qui reste à explorer et à découvrir, et ce court roman met habilement en évidence la difficulté que tous nous pouvons avoir à accepter l’altérité ; les enfants comparent la situation de Gabriel à celle des filles et des garçons (qui allaient par le passé dans des écoles séparées) ou à celle des noirs et des blancs à l’époque de la ségrégation aux Etats-Unis ; ces questions ne sont plus à l’ordre du jour, mais des enfants sont encore exclus des écoles ; ce n’est pas le cas du petit autiste, qui fréquente ici une école « normale » et prouve qu’il en est capable.Sa présence permet aussi aux autres enfants de s’interroger sur les notions mêlées de différence et de tolérance, ce qui en soi est plutôt salutaire. Les politiques font souvent de grands discours (naturellement théoriques) sur la nécessité de favoriser l’intégration des handicapés dans le milieu scolaire, mais ici, par le biais d’une petite histoire très simple, l’auteure en donne une illustration concrète et juste qui sera plus utile et encourageante. On regrettera peut-être une chose dans cette histoire : l’absence d’un discours adulte (pas nécessairement redondant ou trop développé) qui aurait pu aider les enfants à accepter plus facilement Gabriel, plutôt que de les laisser avec certaines interrogations. Mais c’est avant tout une histoire vraie qu’Elisabeth Motsch raconte ici, avec délicatesse et optimisme, un optimisme nuancé et jamais béat, qui dit cependant que tout est possible. »

 

  • Vallée F.M 96.6. Emission Beth-EL Vallée 11 juin 2006, Nathalie Zylberman

« La différence fait notre force, mais quand on est enfant, elle est souvent synonyme de rejet et de souffrance !
Ce magnifique ouvrage d’Elisabeth Motsch est une belle ouverture vers les autres, un regard vers le handicap et la tolérance !
Un beau livre d’amour sur le destin chaotique de ce jeune Gabriel, différent et pourtant si complémentaire de ses camarades, qui veut absolument rester dans son école.
Un beau livre à savourer pour une première lecture ! »

 

  • Beaucoup de lettres, de mails, dont la simplicité et la sincérité me touchent. La dernière est celle d’un professeur du collège Notre-Dame, à Flixecourt, qui m’envoie un poème écrit par un de ses élèves de 6ème :

Ce n’est pas parce que
tu as des difficultés que
tu dois être rejeté

Ce n’est pas parce que
tu marches bizarrement
que les autres doivent te
regarder autrement

Ce n’est pas parce que
l’apparence n’est pas bien
que l’on doit te traiter
de martien

Ce n’est pas parce que
tu ne sais pas calculer que
l’on doit rire ou se moquer

Ce n’est pas parce que
Tu as une maladie que tu
N’as pas la même vie

Ce n’est pas parce que
tu as le syndrome d’asperger
que tu n’as pas de qualité

Gabriel un jour il te poussera des ailes

Simon Hanquier

 


 

classe_Havernas

Ce petit livre de « Gabriel » reçoit un accueil étonnant dans les classes, les bibliothèques, les librairies. Le syndrome d’Asperger n’est pas connu, mais la sympathie suscitée par ce garçon « bizarre » qui ne demande pas à l’être, le respect pour sa différence, pour son droit à « vivre comme tout le monde » montrent que les mentalités évoluent chez les jeunes lecteurs et les adultes qui les entourent. Et cela fait chaud au cœur !
Ici, un atelier d’écriture à Havernas, dans la classe de Martine Proyart, où les enfants ont écrit, par groupes, des histoires d’enfants « pas comme les autres ».
Gabriel va grandir et il aura… quinze ans ! La suite de ses aventures est un roman pour adultes: « La Bécassine de Wilson« , éditions Actes Sud.

 

Illustrations de Philippe Dumas