Aperçus biographiques

Là, je suis avec mon frère aîné. J’ai 5 ans, il en a 7. Lui est un cancre en attendant de devenir un grand scientifique. (Ô parents ! Ne désespérez pas !) Moi, par contre, j’adore la lecture et menace de scotcher la bouche de mon voisin qui ne se passionne pas pour les Z que la maîtresse nous présente comme le son harmonieux des mouches (comparaison qui m’exalte). A la récréation, j’arbitre tous les conflits. Ma vie paraît toute tracée… Mais remarquez le petit doigt de la main droite qui part sur le côté. Ça devait dérailler.

Elisabeth MotschJ’ai 20 ans. Cela fait un moment que je suis une grande fille révoltée. Ma scolarité a été pour le moins chaotique (voir La Ville orange). Mai 68, c’était l’année précédente. Je n’y ai pas compris grand-chose, mais j’ai fréquenté les gauchistes et surtout je me suis trouvé une raison de vivre : la grande lutte des femmes pour leur libération. Je deviens une militante active du MLF. Pour la cause, j’ai l’occasion d’assouvir mes aspirations au commandement, comme à la maternelle.

Années 70. Avec des copines, j’ouvre la librairie « Carabosses » et plus tard, le café littéraire « Barcarosse ». Un haut lieu féministe où ça grouille de monde et d’idées. On échange des adresses, des écrits, on participe à tout ce qui bouge du côté du féminisme. On a des intuitions géniales et des actions souvent ridicules, on mélange tout mais on avance. On est sauvées de l’enflure par une perpétuelle autodérision. C’est une photo de retrouvailles, vingt ans après (Voir Le Tribunal de Miranges).

Années 80. Je crée, avec des amis, un lycée expérimental, autogéré et public. J’y suis professeur d’anglais. On veut enseigner autrement, redonner du goût aux études. Mais le doute me prend. J‘essaye de m’échapper du réel par la musique et les arts en général. (Voir Pavane pour un singe défunt). Je suis mère de deux, puis trois garçons, à qui je communiquerai ce goût des arts et pour qui j’écrirai des livres. Là, je suis avec mon fils aîné, au Châtelet. Il a l’air de rêver de belles salles, qu’il aménagera un jour.

Aujourd’hui, je cherche des équilibres entre des forces contraires. Un matin, pendant la Teuf du Livre à Epinal, Clair Arthur, artiste organisateur, nous emmène en balade et me prend en photo lors d’une tentative d’envol. J’aime bien les fêtes du Livre. On voit du pays, on parle avec des auteurs, avec des lecteurs, on en ressort lessivé et requinqué à la fois. Dans les ateliers d’écriture, c’est un peu la même chose.

Aujourd’hui, en hiver. Les cernes se creusent sous les yeux. Parfois je me sens vieille, parfois non parce que j’ai trop de choses à faire. Trois livres à finir. Des enfants très présents. Une vieille maison en Bourgogne. Des parents âgés. Des difficultés financières à intervalles réguliers. Mais aussi des grandes amours. Et l’écriture, qui fouette la vie. Quant à la mort, elle m’a suffisamment hantée quand j’étais jeune. Je la tiens à distance, pour le moment.