Air marin

Extraits

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« J’ai tout de suite reconnu l’écriture de maman. Dans l’enveloppe, il y avait une carte postale, représentant un bateau de pêche. Il était posé sur la vase et penchait. C’était la marée basse.

De l’autre côté, maman avait écrit: « Mon chéri, j’ai respiré le bon air marin sur la plage et j’ai ramassé cette petite algue pour toi. »


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(…) « Le munster, pour moi, est un fromage qui pue. Mais mon père adore ça! Quand il ouvre la boîte et déplie le papier jaune, son nez bouge ! Il paraît que les Chinois sont dégoûtés par les fromages français. Je dois être un peu chinois ! »


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(…) « Adrien, ce soir après l’école, je te dirai mon secret.

Avec impatience, j’ai attendu la sortie. Je me suis imaginé toutes sortes de choses, mais ce n’était rien de tout ça. »

L’École des Loisirs
Collection Mouche

2004

Illustrations de Philippe Dumas


Critique

  • Martine Falgayrac, Sitartmag

Un petit livre qui sent drôlement bon…

Si les romans pour la jeunesse peuvent aider les enfants à apprivoiser le monde, voici une façon originale de l’envisager puisqu’il est question ici des odeurs. On pratique généreusement l’éducation du goût, celle de l’oreille par les activités musicales, celle du regard par l’intermédiaire des arts visuels, celle du toucher par les manipulations de matières diverses, mais quand pensons-nous à développer l’odorat ? Suivons donc Adrien, le nouveau petit héros d’Elisabeth Motsch, nous allons vivre avec lui quelques jours particuliers aux cours desquels les odeurs vont le captiver…

Tout ça à cause d’une algue que la maman d’Adrien lui glisse dans une enveloppe… Représentante en parfumerie, absente souvent une semaine entière, elle écrit chaque jour à sa famille. Cette fois la carte postale vient de Carantec et elle y joint cette petite chose, ramassée spécialement pour son fils. Mais l’algue sent bizarre, plutôt pas trop bon ; pourtant sa maman s’y connaît en parfums ! Bientôt, étrangement, l’odeur rappelle au petit garçon le vent de la mer : cette algue serait-elle magique ? Grâce à elle il retrouve les senteurs des vacances… Dans la rue, les fumées des pots d’échappement lui rappellent les bateaux du port, puis il est happé par l’odeur des huîtres qu’un homme est en train d’ouvrir à l’étal d’une brasserie ; tout le ramène à l’air marin, donc à son algue…

Adrien est content, très content ; les jours qui le séparent du retour de sa maman passent très vite. Autour de lui, voici d’autres enfants, ses copains Aboubakri, Alexandra, son frère Arnaud. Il leur montre le précieux cadeau puis s’amuse avec eux à classer les odeurs : celles qu’on aime, celles qu’on déteste. Ils ne sont pas toujours d’accord ; et ça se complique quand on parle cuisine, Adrien pense à son père qui adore le munster et pourtant « ça pue ! ». Il y a des odeurs déplaisantes mais pas dégoûtantes comme celle du chien de l’immeuble qui fait toujours la fête à Adrien, des odeurs désagréables auxquelles on s’habitue comme celle de l’eau de Javel à la piscine. Il y a des odeurs indéfinissables comme celle de l’algue… Finalement, pour Adrien, l’important c’est le sentiment et le souvenir qui sont attachés à l’odeur. Aussi sera-t-il décontenancé par le parfum préféré et secret d’Alexandra…

L’aquarelle de couverture prépare bien à la tendresse de ce récit. Texte et illustrations s’accompagnent ensuite et se répondent, non sans humour parfois : Philippe Dumas propose par exemple un flacon de parfum, « Etreintes » de Motsch ! Il montre aussi que le dessin peut lui-même évoquer des odeurs, par exemple lorsqu’il s’agit du contenu d’une poubelle…

L’algue transporte Adrien à la mer et vers sa maman, lui offre l’occasion d’échanger avec les autres, de partager quelques fous rires et de réfléchir sur les différences. Air marin est un petit livre plein d’amour partagé, de tendresse filiale, d’amitié, qui portera le jeune lecteur à s’interroger sur ce qui l’entoure, particulièrement cette fois sur ce que l’on sent et ce que l’on ressent… Les livres eux-mêmes n’ont-ils pas une bonne odeur, surtout quand ils sont neufs ? Celui-ci en tout cas a le parfum d’une belle histoire…