Pour un langage non sexiste

Site d’Eliane Viennot

«La France est l’un des derniers pays où la féminisation des titres fait débat», constatait en juillet 1998 Marina Yaguello, professeure de linguistique, autrice de plusieurs ouvrages sur cette question (dont Les Mots et les Femmes, 1978). Un tir nourri d’articles de presse indignés, signés de membres de l’Académie française, venait alors de répondre à la demande de plusieurs femmes du gouvernement Jospin d’être appelées «Madame la ministre».
Près de vingt ans plus tard, la querelle se poursuit. Du moins dans les plus hautes sphères de l’Hexagone, où certains sont toujours prêts à s’immoler pour «Madame le ministre» ou «Madame le président»*. Le reste du pays, lui, enregistre année après année la progression des femmes dans tous les métiers et fonctions, en mettant au féminin les termes qui les désignent. En accord avec le fonctionnement spontané de la langue française. Et en dépit des fulminations des «Immortels» (qui d’ailleurs ont baissé d’un ton depuis que les plus ardents chevaliers de cette croisade sont partis ad patres) et de leurs thuriféraires (de moins en moins nombreux également). Restent la haute fonction publique et les élus de droite, au garde-à-vous devant des «règles» qui n’ont pas cent ans d’existence, et qui n’ont plus cours que dans leur milieu.

Ce combat d’arrière-garde pourrait bien constituer l’une des dernières manifestations de la Querelle des femmes telle qu’elle fit rage durant des siècles, lorsque les partisans de la domination masculine avançaient à découvert et osaient arborer leurs idéaux pour affronter les partisan-es de l’égalité. Ce qu’ils ont cessé de faire depuis les années 1930 (en Occident du moins). Seuls, en effet, les adeptes du jargon des élites osent encore soutenir que le masculin est un genre supérieur au genre féminin (l’un serait «non marqué», inclusif, voire «neutre», l’autre «marqué», particularisant, discriminant…). Et ils trouvent toujours normal qu’on enseigne, dans les écoles de la République, que «le masculin l’emporte sur le féminin». Tout ceci n’ayant, bien entendu, rien à voir avec les relations entre les sexes…

 


 

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Madame de Sévigné s’informant de ma santé, je lui dis : «Madame, je suis enrhumé. — Je la suis aussi, me dit-elle. — Il me semble, Madame, que selon les règles de notre langue, il faudrait dire : je le suis. — Vous direz comme il vous plaira, ajouta-t-elle, mais pour moi, je croirais avoir de la barbe au menton si je disais autrement.» (Gilles Ménage)